Les oiseaux migrateurs, une histoire fabuleuse et mystérieuse!

Durant leurs migrations, les oiseaux s’orientent comme par magie, couvrent des distances exceptionnelles et bravent mille dangers naturels et humains. Mais comment font-ils? Une extraordinaire aventure qui n’a pas encore révélé tous ses mystères.

Un peu d’histoire…

Jusqu’au début du XIX siècle, les théories visant à comprendre  la disparition de populations d’oiseaux pendant une partie de l’année étaient, faute de moyens, plutôt fantaisistes. Certains pensaient que les oiseaux se transformaient en une autre espèce (Aristote concluait à des transformations selon les saisons, il pensait que le rouge-queue se transformait en rouge-gorge en hiver) ou qu’ils hibernaient, qu’ils poussaient sur les arbres ou s’envolaient jusqu’à la lune…

Ainsi, jusqu’au XVIII è siècle, voyant les hirondelles se rassembler au moment de partir sur les roselières(les fils électriques n’existaient pas !) et disparaitre le lendemain matin, on pensait que les hirondelles allaient au fond des étangs en hiver, qu’elles pouvaient entrer en léthargie sous l’effet du froid et ressortir au printemps.

Pierre Belon, naturaliste français (1517-1564) est l’un des premiers à rejeter la théorie de l’hibernation, à partir de recherches scientifiques et au travers de nombreux voyages aux pays du Levant, il prouva que les milans, les tourterelles, les cailles et les hirondelles sont des oiseaux migrateurs. Au XVIIIè siècle, le comte de Buffon, naturaliste français, adhère également aux thèses migratoires, pourtant certaines réticences demeurent.

Peu à peu des études scientifiques se mettent en place pour appréhender ces migrations, ainsi en 1757, Linné recommande d’établir des postes d’observation, mais il aura fallu attendre un siècle pour organiser de véritables recherches avec date et heures de passage.

L’une des preuves évidentes que les oiseaux migrent vint en 1822 en Allemagne, un chasseur abattit une cigogne blanche dotée d’un surprenant appendice : une flèche en travers du cou, or cette flèche provenait d’Afrique centrale. Les naturalistes en conclurent que la cigogne avait voyagé des milliers de kilomètres.

En 1906, des ornithologues baguèrent des cigognes blanches aux pattes, on vit qu’elles hivernaient en Afrique subsaharienne.

Nous savons désormais que presque la moitié des espèces d’oiseaux migrent en fonction des saisons et nous connaissons maintenant les migrations de milliers d’entre elles. Quelle que soit la distance parcourue, les oiseaux migrent pour échapper à des conditions qui menacent leur survie ou rejoindre des zones de reproduction. Ainsi avec l’hiver en Amérique du nord, les fleurs dont le colibri à gorge rubis absorbe le nectar et les insectes dont il se nourrit, disparaissent. Il n’a alors pas d’autres choix que de voyager vers un endroit où la nourriture sera abondante (du sud de Mexique au Panama) avant de revenir aux beaux jours.

Les voies migratoires entre inné et acquis…

Les voies migratoires sont le produit de millénaires d’adaptation. Des chercheurs avancent que les migrations apparurent quand des oiseaux des zones tropicales élargirent leur territoire vers les zones tempérées. D’autres pensent que de nombreuses espèces migratrices étaient originaires des zones tempérées et évoluèrent pour passer les périodes froides de l’année vers les tropiques. La réalité est sans doute que les deux se sont produits.

Certains oiseaux se déplacent de jour ou de nuit, sur un front large ou une voie relativement étroite. Les espèces terrestres préfèrent survoler les terres, alors que les espèces maritimes évitent les continents. Certaines ne s’arrêtent pas pour se ravitailler, d’autres le font.

Les hautes montagnes sont des obstacles et cependant les radars ont montré que certaines espèces comme des populations d’oies à tête barrée survolent l’Himalaya pour aller hiverner dans les lacs du sous continent indien.

Les barges, comme d’autres oiseaux migrateurs au long cours, se préparent en accumulant d’énormes réserves de graisse durant les semaines précédant leur départ. Cette graisse sera leur carburant et constitue plus de la moitié du poids des barges quand elles se mettent en route.

D’autres migrateurs longue distance comme le bécasseau maubèche, réduisent leur gésier et d’autres organes en vue du vol, se débarrassant ainsi de charges inutiles.

Ils utilisent aussi les vents. Les oiseaux quittent souvent l’Alaska en tirant parti des queues de tempêtes qui génèrent des vents soufflant vers le sud.

L’étude du sommeil de certains oiseaux migrateurs grâce à des capteurs permettant d’enregistrer leur activité cérébrale durant la migration, prouve que certaines espèces comme les frégates sont capables de dormir par courtes séquence d’une durée moyenne de 12 secondes, le plus souvent en planant pour un total de 42 minutes par jour, soit bien moins que les 12 heures quotidiennes de sommeil quand les oiseaux sont au nid. Durant une bonne partie du temps où les frégates somnolaient en l’air, elles ne mettaient en sommeil que la moitié de leur cerveau, gardant l’autre éveillée.

En migration, les oiseaux volent généralement plus vite que d’ordinaire afin de réduire la durée de voyage. Ainsi l’hirondelle rustique atteint des vitesses supérieures de 3 à 14 km/h à sa vitesse habituelle. Elle est sans aucun doute, aidée également en haute altitude par l’atmosphère plus ténue qui lui oppose moins de résistance.

Certaines espèces d’oiseaux peuvent maintenir une même direction de jour comme de nuit pendant un voyage pouvant atteindre 8000 à 9500 km pour retrouver avec exactitude leur lieu de reproduction et les lieux tropicaux où ils vont passer l’hiver. Des jeunes âgés d’un mois, partent seuls pour retrouver, après des milliers de km l’aire d’hivernage de leur espèce, puis au printemps suivant, reviennent sur le lieu où ils sont nés. Les raisons des migrations gardent leur part de mystère, quelle force incite un oiseau migrateur à quitter ses quartiers d’hiver tropicaux où le climat est stable et la nourriture abondante pour gagner des zones de reproduction situées au-delà du cercle polaire?

Les facteurs déclenchant sont-ils internes, externes, innés, acquis, certainement les deux à la fois. Les comportements migratoires sont-ils gravés dans les gènes, menant les oiseaux tels des robots vers leur destination? Ou alors ce sont les adultes qui apprennent aux jeunes où et comment migrer? On l’ignore encore, “nature ou culture?”, la réponse tient sans doute des deux.

Les outils de navigation…

Les oiseaux migrateurs utilisent plusieurs outils de navigation aérienne, le soleil, des repères au sol, les étoiles et même le champ magnétique terrestre:

Le soleil et les étoiles: tels un GPS céleste. Les migrateurs regardent le soleil et les étoiles pour se positionner dans la bonne direction et régler leurs migrations annuelles. Quand la durée du jour diminue, c’est peut-être le moment de partir.

Les repères terrestres: Pour se guider, les oiseaux qui migrent de jour peuvent s’aider de repères au sol: montagnes, rivières, littoraux… Ils restent souvent fidèles à leurs itinéraires familiers car ils ont une mémoire visuelle très développée. De plus, ils possèdent une mémoire olfactive très développée et créent une forme de carte odorante pour s’orienter.

Le champ magnétique: Les lignes du champ magnétique terrestre sont plus fortes et plus sensibles vers les pôles, où elles convergent. Près de l’équateur, les oiseaux utilisent peut-être d’autres repères pour trouver leur chemin. Certains oiseaux ont des capteurs de champ magnétique dans les yeux et de la magnétite (un minerai qui agit comme un aimant) dans le bec, ce qui les aide à orienter leur vol. Ces cristaux de magnétites sont comme des aiguilles de boussole, des boussoles magnétiques réinitialisées chaque jour au lever du soleil ou au soleil couchant.

Les obstacles humains: le développement humain peut affecter les migrations, l’urbanisation accélérée, les lumières urbaines désorientent les migrateurs nocturnes, le changement de paysages, la pollution, le changement climatique, la chasse des oiseaux migrateurs, le bruit…

Les découvertes et les connaissances ont encore des milliers de choses à nous révéler sur ce mystère migratoire, grâce aux avancées scientifiques et techniques. Des hommes et des femmes chercheurs, scientifiques, passionnés ont consacré et consacrent encore leur vie à la connaissance des oiseaux pour mieux les connaitre et les protéger. En attendant, chacun peut s’émerveiller en entendant un vol de grues survoler les toits en direction des régions chaudes avant l’hiver, à l’arrivée d’un vol de cigognes qui fera une halte de repos sur un clocher, ou simplement en admirant le rassemblement des hirondelles avant l’hiver en vue d’un long voyage migratoire avec le bonheur de savoir qu’elles reviendront.

Lolo

Références: National Geographic ” La vie secrète des oiseaux migrateurs”

Les migrations des oiseaux. Jacques Popinet

Attirer et nourrir les oiseaux au jardin. Delachaux et Niestlé.

Et autres lectures glanées ici et là…